Enlevez le sexe, subsiste le désir !
Le désir se promène d’homme en femme, de siècle en siècle et de regard à bouche, de mot à main, d’esprit à lumière, de lumière au regard.
Désir de Dieu, perdu aujourd’hui, parce que non branché sur des valeurs quasi exclusivement basées sur les quatre pieds de votre TV, euhh, si l’on ajoute ceux de la table qui tient votre ordi, -lévitation suprême de votre esprit : le seul, l’unique- on dira 8 (pieds).
Point d’esprit hormis le vôtre, additionné de votre désir, celui que vous promenez au bout de votre regard, de votre langue, sexe, appétit.
Le désir de Dieu étant mort pour beaucoup, manque désormais le sel du désir, le péché, le repentir, la culpabilité de ce qu’on n’a pas encore fait. Certes, c’est parfois atroce d’écouter nos grand-mères se tordre le tablier en nous racontant que jamais elles n’ont cédé au Julien, pourtant elles se le seraient bien serré aussi… Mais elles y repensent et leurs yeux brillent et le Julien est sur orbite pour longtemps dans leurs cœurs larges, amples et sachant compter, conter et se contenter.
Et pourtant, ce serait bien trop simple…
C’est bien ce que disent les yeux blanchis par les lumières ( ?) de tant d’années au dessus des tabliers. Relisez tout l’amour courtois, le désir de Jésus pour Marie-Madeleine (non revu par le Moyen Age…), « La vallée des roses » de Lucien Bodard, avec une des plus belles scènes d’amour de la littérature entre un eunuque et une courtisane, repensez Abélard castré, et à son désir encore, toujours et toujours trop tard pour Héloïse.
Bref au désir de Dieu s’est substitué en quelques siècles et décennies, le désir individuel. On est passé de l’hostie à Hollywood chewing-gum avec quelques heurts. Les mœurs ne sont pas mortes pour autant. On pourrait gloser sur le désir béni, quand l’âme fornique avec le divin, à toutes ces chairs mortes, à toutes ces âmes qui vivent en nous, demeurant emmurées, à toutes ces passions qui mènent à l’extase… (pour qui connaît l’extase, il en existe moult version et l'on peut aussi être à genoux devant un homme). Le désir ? On n’y cédait pas et c’était alors le péché par erreur, le consentement à son désir, le passage à l’acte… Autant de diabolisations qui seraient des anachronismes complets si on voulait nous les resservir en plein vingt-et-unième.
Depuis, les âmes se sont gavées. Le consommé et consumé s’est mué en désir d’aimer, encore et encore, mais sans y parvenir.
Folie ? Décadence ? Non, un ennui, une vacuité à combler si l’on compte le nombre de sites de rencontres actuellement sur orbite. Presque aussi nombreux que les échecs qu’ils promeuvent. C’est dire s’ils sont légion. Quoique.
Le souci n’est pas le nombre, mais l’échec, pas le désir satisfait ou autosatisfait, mais l’échec de l’amour.
Restons sur l’idée de faute (pas anachronique, celle là, celle qui dédouane son propre endroit, ego pour certains). La faute aux femmes, en pleine mutation, qui se comment dire, virilisent ? Je leur donne raison, elles savent tout faire, elles sont juges, militaires, flics, procureurs, politiques, et même putes.
Les hommes se sentiraient moins couillus… deviendraient plus regardant, courant aussi vite qu’un chevreuil en pleine battue ?? Vi, la peur de s’engager est bien réelle. Ils ont peur, ils sont affolés et leur petit mufle essaye de comprendre par où la mort les guette.
Une erreur de trajectoire est si vite arrivée.
Bon, si je consulte le tablier à carreaux, on me répond que c’est la faute à mai 68. (Un an plus tard et c’était pas une révolution… mais une consécration !)
Ainsi, il semblerait que depuis mai 68 avec son fameux… :
« Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la Révolution. Plus je fais la révolution , plus j’ai envie de faire l’amour. »…(tagué à l’envi sur les murs de la Sorbonne, Panthéon, Paris)
… qu’il y ait eu comme une libération sexuelle. Tant mieux.
Néanmoins, cette période m’a toujours soulée. Je ne leur jette pourtant pas le pavé, mais je ne ressens aucune émotion, pas la moindre radicelle, et je connais trop la Sorbonne et ce qui en émane pour savoir qu’elle n’a pas beaucoup bougé. Il suffit d’y suivre quelques cours de littérature présentement pour s’apercevoir que la médecine de l’esprit est toujours vivante, même pour les morts et surtout pour les écrivains.
Les luttes font souvent la culbute comme un animal trop bien lancé, l’avance crée le déséquilibre et c’est sans doute une loi de la nature. Sexe libéré et comblé, mais sans conviction. Pulsions comblées et sentiments sans addiction ni conviction. Décadence du sentiment amoureux ? Oui, si je regarde autour de moi, qu’il s’agisse de jeunes ou non. Me contredise qui voudra, j’en serais ravie pour ceux qui tiennent entre leurs mains un amour vivant et pas un feu de paille ou une névrose cohabitée.
Qu’est-ce qui nous reste après la libération du désir ?
Des casse-couilles diraient rien, je réponds : tout. Car le désir est unique et prend des chemins de veines qui remontent au cœur selon des règles qu’on est seul à si mal connaître. Le désir est unique et prend des voies détournées : sonores, horaires, visuelles, olfactives, j’allais dire palpatrices du bout des doigts, quand on s’y attend le moins, en cherchant quelque chose dans sa poche par exemple... Cela m’est arrivé avec les perles d’un collier cassé, oubliées dans une veste et qui m’ont presque fait pleurer en place publique. Mais bon, les larmes, on ne les empêche pas, alors que les amours qui durent, si.
Pourquoi ? Pour garder le désir intact, pour le garder toujours comme un feu jalousement vivant, comme dans « La guerre du feu » ?
Pour revivre « la guerre du feu » ? Allez ! Je ne vous crois pas !
Alors, il faudrait croire Lacan ?
« Le désir ultime est donc celui de la non satisfaction du désir, le désir de rester ouvert. »
On souffrirait tous un chouilla de bovarysme aigu ??
Diantre ! Moi, les désirs, je les attrape, je les respire, les caresse et les prends en moi. Mon désir passe par ce qui est le plus émouvant : Apprivoiser. Comme je suis une violente, ce sont les seuls moments où la douceur reprend ses droits. Apprivoiser … un homme, la lumière à ses yeux, un comptoir d’alcooliques, un cheval nihiliste, … La liste est longue et la vôtre aussi. Un peu de Nietzsche en vous, de profusion, de force vitale, l’écrirait en lettres de feu « C’est ta plénitude qui laisse errer son regard sur les mers mugissantes, en quête et dans l’attente ; dans le ciel souriant de tes yeux, je vois briller le désir qui naît de l’excessive profusion. »
Vous avez chacun des noms à donner ! Faites passer le désir en vous et cessez, une cannette à la main devant votre TV, de désirer par procuration. Cassez votre tirelire de rêves et cassez-vous.
Oubliez vos vies de légumineuses qui tiennent droit à grands renfort de psy, psychanalyse et médocs ou conseils de stars du XXL de la pensée, concevez une seule seconde comme Slavoj Zizek, (auteur de « La marionnette et le nain ») que :
« La psychanalyse est un discours qui ne vous interdit pas de jouir, mais qui vous permet justement de ne pas jouir."